Dans le cadre de la France Design Week 2026, dont le thème est « D comme Design, D comme Défi », Louvre-Lens Vallée lance un appel à participation pour son exposition La métaphore des lucioles. Cette exposition invite les designers, les créateurs, les étudiant·es et les collectifs des Hauts-de-France à interroger la notion de défi face aux limites de notre temps.
Dans un monde confronté aux contraintes écologiques, sociales et matérielles, le design devient un outil d’adaptation, de médiation et de transformation. Comment composer à partir des ressources disponibles ? Comment concevoir autrement, quand les règles du jeu changent ? Comment imaginer des schémas alternatifs pour un monde que l’on partage ?
À travers les projets présentés, l’exposition explore comment le design répond aux défis contemporains et révèle de nouvelles possibilités. L’exposition sera visible du 21 au 30 septembre 2026 à Louvre-Lens Vallée. Un temps fort de rencontre sera organisé lors du finissage le 30 septembre 2026
Soucieuse de soutenir les designers et de reconnaître la valeur de leur contribution, Louvre-Lens Vallée prendra en charge les frais de transport des œuvres et accordera une rémunération symbolique au titre des droits d’auteur
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La métaphore des lucioles
« Les lucioles n’ont disparu qu’à la vue de ceux qui ne sont plus à la bonne place pour les voir émettre leurs signaux lumineux. »— Georges Didi-Huberman
La métaphore des lucioles rassemble des objets, des expérimentations et des propositions de design conçus à partir de matériaux de récupération, de rebuts réemployés et de ressources recyclées, dans une démarche attentive aux équilibres du vivant. Cette exposition invite à regarder autrement ce qui semble usé, délaissé ou devenu invisible, et à reconnaître dans ces matières modestes un potentiel de transformation, de récit et d’avenir.
La figure de la luciole, telle que l’évoque Georges Didi-Huberman à la suite de Pier Paolo Pasolini, constitue ici un puissant symbole. Fragile, discrète, presque imperceptible, elle ne disparaît pas réellement : elle cesse simplement d’être visible à ceux qui ne savent plus où regarder. Parce qu’elle est minuscule, vulnérable et marginale, elle devient exemplaire. Elle nous rappelle que les alternatives les plus fécondes émergent souvent loin des modèles dominants, dans les interstices, les marges et les espaces de résistance.
Les projets présentés dans cette exposition s’inscrivent dans cette perspective. Ils révèlent la capacité du design à faire apparaître des formes de vie nouvelles à partir de ce qui semblait condamné à l’abandon. Chaque objet témoigne d’une attention portée aux ressources existantes, aux savoir-faire de réparation, aux cycles naturels et à la possibilité de prolonger les usages plutôt que de multiplier les extractions.
Comme la luciole qui éclaire l’obscurité par sa propre lumière, ces créations proposent des gestes modestes mais porteurs de sens. Elles affirment qu’il est possible de concevoir autrement, de produire autrement et, plus largement, d’habiter autrement le monde. Dans un contexte marqué par les crises environnementales et sociales, elles incarnent une forme d’espoir concret : celui d’une transformation fondée sur la réutilisation, la sobriété, l’inventivité et le respect du vivant.
La luciole est aussi un symbole de communication et de persévérance. Par son signal lumineux, elle rappelle l’importance de rendre visibles les initiatives qui œuvrent à des modes de vie plus soutenables. Sa fragilité nous invite à reconnaître notre interdépendance avec les écosystèmes qui nous entourent et à prendre soin des milieux dont nous dépendons. Son existence éphémère nous encourage enfin à accorder de la valeur à chaque ressource, à chaque matière, à chaque instant.
À travers ces objets et ces recherches, La métaphore des lucioles propose de considérer le design comme un outil de réorientation. Non plus un simple vecteur de consommation, mais une pratique capable de révéler les richesses cachées du déjà-là, de réinventer les relations entre humains, matières et environnements, et de dessiner les contours d’une société plus attentive, plus résiliente et plus respectueuse du vivant.
Car les lucioles sont toujours là. Il nous appartient de retrouver la bonne place pour apercevoir leurs lumières et imaginer, à leur lueur, d’autres manières de faire monde.
Margherita Balzerani